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Hirondelle à Langon

Hirondelle : un chanteur de rue qui ne manque pas d'air

La rue est une scène. Encore libre. Depuis l5 ans, Hervé Hirondelle aime la fréquenter, s'y frotter en y installant, pour quelques airs son personnage bien trempé de chanteur de rue engagé. Engagé dans la recherche de l'émotion. La rue, pour lui, n'est jamais peuplée d'anonymes. Elle héberge une succession de visages, d'histoires, de devenir qui ne manqueront pas de réagir à son art. Pressés, dérangés par cette subite et inattendue offrande musicale, beaucoup accéléreront inconsciemment le pas sans tenir compte des saillies drolatiques et apostrophes du maître du bitume. Mais souvent, contrairement à Lourdes, le miracle se produit. Un vieux monsieur presque clochard, une jeune fille presque délinquante s'approchent. Ils reprennent un air, puis deux. Et la foule passante s'arrête, écoute, reste, chante. C'est gagné.

Hirondelle, heureux spectateur, se contente alors de tourner la manivelle, un simple souffle pour alimenter les braises. Encore une fois, il ne regrette pas d'avoir laissé tomber les masques, un jour à Lyon après un coup de foudre pour un bel orgue de barbarie. C'était l'outil dont il avait besoin, lui l'illettré en solfège, l'adolescent asthmatique, l'enfant de chœur défroqué, le peintre vitrier adorateur de gros cubes, pour percer les carapaces les plus dures, toucher les cœurs les moins sensibles. Pour, enfin, oser aller vers l'autre.

Il faut le voir aujourd'hui, invité d'une maison de retraite, tantôt charmeur, tantôt râleur, allumer des sourires sur des lèvres " fredonnantes ", briller des yeux mi-clos. Il faut le voir, curieux et craintif, affronter avec courage le monde si étranger des handicapés mentaux et donner le meilleur de lui même pour essayer de briser la glace. Le mauvais élève s'est transformé en amoureux des mots d'une période, l'après guerre, où les auteurs croyaient de nouveau dans la vie. Et c'est pour toujours mieux les servir qu'il travaille son art de saltimbanque.

Lionel Chollon / L'Ormée

Hirondelle à Langon

Hirondelle : portrait "à tire d'elles"

Elles... se sont les places publiques, les encoignures de rues pédestres, les foires et les veillées. De Bordeaux à Bazas, de Langon à Osaka, Hervé Hirondelle les connaît bien : la rue est son théâtre. Grand tireur de ritournelles, cet Hirondelle récolterait en quelques coups de manivelle un sourire ou une larme à un cageot de blettes. Cependant, avec son orgue de barbare et son accent de caboulot, cet espèce de grand escogriffe est peut-être bien l'incarnation bordelaise la plus aboutie du rock'n'roll.

Non seulement il s'est illustré dans deux des groupes les plus " exotiques " que Bordeaux ait porté sous sa lune (Salade de fruits et Violette Nozière), mais il continue de fendre le cœur des vieux et crache encore à la gueule du bourgeois. En dehors de ses « wanemanshows », Hervé se produit en duo depuis 2000 avec son compère Thomas Bienabe dans le spectacle " Chansons pour faire pleurer les vieilles " autant kiffé par les japonais de Kyoto que par la maison du troisième âge de Targon.

Car l'Hirondelle s'est envolée pour le Japon, non pas pour y trouver le printemps, mais pour y cueillir les fruits de la gloire. On l'imagine, lui et son tricot à rayures entre deux bols de sushis en train de déclamer sa fameuse tirade : " Enc... on m'a tchouré ma meule !... ". Chanteur des autres mais aussi auteur, Hervé possède à son actif une bonne fournée de textes pas piqués des vers et demeure un témoin vivant de l'anticonnerie bordelaise.

Denis Fouquet / Bordeaux Rock(s)

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Chanteur de rue Limonaire à vif
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